Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/25

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rieurs par le caractère à ces gens que j’avais rencontrés auparavant, dans ma vie militaire, mais en revanche très sûrs et très contents de soi, comme le peuvent être ou les saints ou ceux qui ne savent même pas ce que c’est que la sainteté.

Ces hommes m’inspirèrent du dégoût ; j’en ressentis pour moi-même, et je compris que cette religion n’était qu’une tromperie.

Mais, chose étrange, bien qu’ayant compris très vite tout le mensonge de cette religion, et l’ayant reniée, je ne renonçai pas au titre que me donnaient ces hommes, au titre d’artiste, de poète, de maître. Je m’imaginais naïvement que j’étais poète, artiste, et que je pouvais enseigner à tous, sans savoir moi-même ce que j’enseignais. Et je continuais de le faire.

Ma liaison avec ces hommes me valut un nouveau vice — un orgueil développé jusqu’à la maladie, et la folle assurance de me croire appelé à enseigner ce que je ne savais pas moi-même.

Maintenant, quand je me rappelle cette époque, mon état d’esprit d’alors et celui de ces hommes (du reste leurs pareils se comptent maintenant par milliers), je ressens à la fois de la pitié et de la honte ; j’ai envie de rire ; j’éprouve le même sentiment qui s’empare de nous dans un asile d’aliénés.

Nous étions tous convaincus, alors, qu’il nous fallait parler et écrire, imprimer, le plus vite et le plus possible ; que tout cela était nécessaire pour