Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/256

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le bateau. Il voulut se porter en avant, mais de nouveau fut refoulé et resta près d’un pilier, à prier. Comme la veille, il regarda devant lui, et comme la veille, sous les lampes, tout près du Saint-Sépulcre, Elisée était là, les mains étendues, comme un prêtre à l’autel ; et son crâne chauve luisait.

« Eh bien ! pensa Efim, cette fois, je ne le manquerai point. » Il se faufila jusqu’au premier rang. Pas d’Elisée. Il avait dû sortir. Le troisième jour, il se rendit encore à la messe, et, de nouveau, regarda. Elisée, tout à fait en avant, était encore là, les yeux levés comme s’il contemplait quelque chose au-dessus de lui ; et sa tête chauve luisait. « Eh bien ! pensa Efim, cette fois-ci, je ne le manquerai plus. Je me tiendrai à la porte de sortie et je le verrai sûrement. »

Il sortit et attendit, attendit… Toute la foule s’écoula. D’Elisée, point. Efim demeura six semaines à Jérusalem, visitant les lieux consacrés, et Bethléem, et Béthanie, et le Jourdain. Il fit mettre le sceau du Saint-Sépulcre sur une chemise neuve destinée à l’ensevelir ; il prit de l’eau du Jourdain dans une petite bouteille, et de la terre, et des cierges dans le lieu saint, et il inscrivit l’ordre des prières en huit endroits différents. Quand il eut dépensé tout son argent, qu’il ne lui resta que juste de quoi retourner, Efim se mit en route. Il gagna Jaffa, prit le bateau, arriva à Odessa et reprit à pied le chemin de sa demeure.