Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/255

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Efim le reconnut aussitôt. « C’est bien Bodrov, voilà bien sa barbe noirâtre, frisée, ses poils blancs sur les joues, ses sourcils, ses yeux, son nez, et tout son visage, enfin. C’est lui. C’est bien Elisée Bodrov. »

Efim était heureux d’avoir retrouvé son compagnon ; il s’étonnait seulement qu’il eût pu arriver avant lui. « Comment ce Bodrov a-t-il pu se glisser en avant de tous les fidèles ? pensa-t-il. Il aura sans doute fait la connaissance de quelqu’un qui l’aura amené là. Je le retrouverai à la sortie, et m’en irai avec lui après m’être débarrassé de mon pèlerin. Peut-être saura-t-il me conduire, moi aussi, au premier rang. »

Efim ne quittait point des yeux Elisée, pour ne pas le manquer. L’office terminé, la foule s’ébranla. On se poussait pour aller s’agenouiller. Efim se trouva refoulé dans un coin. De nouveau il eut peur qu’on ne lui volât sa bourse. Il y porta la main et chercha à se frayer un passage pour gagner un endroit libre. Il se dégagea, marcha et chercha partout Elisée. Il sortit du temple sans l’avoir pu retrouver. Après la cérémonie, Efim courut d’auberge en auberge, en quête d’Elisée. Il ne le trouva nulle part. Ce même soir, le pèlerin ne vint pas non plus ; il avait disparu sans lui rendre son rouble. Efim resta seul.

Le lendemain, il retourna au Saint-Sépulcre en compagnie d’un vieillard de Tambov rencontré sur