Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/259

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vieillard comme toi. Il entra, dans la journée, pour boire. En nous voyant, il fut pris de pitié et resta avec nous. Il nous donna à boire, nous donna à manger, nous remit sur pied, racheta notre terre et nous acheta un cheval avec une charrette, qu’il nous a laissés.

La vieille entra et interrompit le récit de la femme.

— Était-ce un homme ? Était-ce un ange du Seigneur ? Nous l’ignorons nous-mêmes. Il aimait tout le monde, plaignait tout le monde, et il partit sans rien dire. Nous ne savons même pas pour qui prier Dieu. Je le vois comme si c’était maintenant : je suis couchée, attendant la mort ; tout à coup, je vois entrer un petit vieillard quelconque, tout chauve, qui demande à boire. Croiriez-vous que moi, pécheresse, j’ai pensé : « Que nous veut-il, celui-là ? » Mais lui, voici ce qu’il a fait : dès qu’il nous eut vus, il ôta son sac, le posa là, à cet endroit, et le dénoua.

La petite fille se mêla à la conversation.

— Non, grand’mère, dit-elle : c’est ici ; d’abord il a posé son sac au milieu de la chambre, puis sur le banc.

Et ils discutèrent, se rappelant toutes ses paroles, tous ses actes : où il s’asseyait, où il dormait, ce qu’il faisait, ce qu’il disait à l’un ou à l’autre.

À la nuit tombante, le paysan rentra, à cheval. Lui aussi se mit à parler du séjour d’Elisée chez eux,