Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/265

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OÙ L’AMOUR EST, DIEU EST
(1885)

Il y avait, dans une certaine ville, un cordonnier appelé Martin Avdieitch. Il occupait dans un sous-sol une pièce éclairée d’une seule fenêtre, laquelle donnait sur la rue. Par la fenêtre on voyait passer les gens. Il est vrai qu’on ne distinguait que leurs pieds, mais Martin Avdieitch reconnaissait les passants à leurs bottes. Il vivait là depuis longtemps, à la même place et connaissait beaucoup de monde. Il était rare qu’une paire de chaussures ne lui passât pas une ou deux fois entre les mains. Il ressemelait les unes, rapiéçait les autres, parfois changeait les empeignes. Et souvent il voyait de sa fenêtre l’œuvre de ses mains. Avdieitch avait beaucoup d’ouvrage ; car il travaillait proprement, fournissait de bonne marchandise, ne prenait pas trop