Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/267

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Un jour vers la Pentecôte, Avdieitch eut la visite d’un de ses pays, un pèlerin, qui cheminait depuis huit ans. Ils causèrent et Avdieitch se plaignit amèrement de ses malheurs :

— Je ne tiens même plus à la vie, homme de Dieu, dit-il. Je ne désire que la mort. C’est tout ce que je demande au Seigneur. Je n’ai maintenant plus d’espérance.

Le petit vieux lui répondit.

— C’est mal de parler ainsi, Martin. Il ne nous appartient pas de juger ce que Dieu a fait. C’est au-dessus de notre intelligence. Dieu seul est juge de ce qu’il fait. Il a décidé que ton fils mourrait et que toi tu vivrais, c’est sans doute que cela vaut mieux ainsi. Et ton désespoir vient de ce que tu veux vivre pour toi, pour ton propre bonheur.

— Mais pourquoi vit-on ? demanda Martin.

Le vieux répondit :

— C’est pour Dieu qu’il faut vivre. C’est lui qui te donne la vie, c’est pour lui que tu dois vivre. Quand tu commenceras à vivre pour lui, tu n’auras plus de chagrin, et tout te semblera léger.

Martin resta un moment silencieux, puis reprit :

— Et comment vivre pour Dieu ?

Le vieux répondit :

— Comment vivre pour Dieu ? Le Christ nous l’a révélé. Sais-tu lire ? Achète l’Évangile et lis. Là tu apprendras comment il faut vivre pour Dieu ; c’est écrit.