Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/272

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Martin revint à lui, se leva de sa chaise et se frotta les yeux.

Il ne se rendait pas compte s’il avait entendu ces paroles en réalité ou en rêve. Il éteignit sa lampe et se coucha.

Le lendemain, il se leva avant le jour, fit sa prière, alluma son poêle, y mit à cuire une soupe aux choux et du gruau, fit bouillir son samovar, passa son tablier, et s’assit près de la fenêtre pour travailler.

Tout en travaillant, il songeait à ce qui lui était arrivé la veille, et il ne savait que penser : avait-il été le jouet d’une illusion, où lui avait-on réellement parlé ? « Ces choses-là arrivent », se dit-il.

Martin était là, travaillant et regardant par la fenêtre ; et quand il remarquait des bottes qu’il ne connaissait pas, il se penchait pour voir à travers la fenêtre non seulement les pieds, mais le visage du passant.

Un portier passa, en bottes de feutre neuves ; puis le porteur d’eau, puis un vieux soldat du temps de Nicolas, chaussé de vieilles bottes rapiécées, et armé d’une longue pelle. À ses chaussures Avdieitch l’avait reconnu.

Il s’appelait Stepanitch, et vivait chez un marchand du voisinage qui l’avait recueilli par charité. Il était chargé d’aider les portiers.

Le vieux soldat se mit à déblayer la neige devant la fenêtre d’Avdieitch. Celui-ci le regarda et reprit sa tâche.