Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/290

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aussi bon accord avec le maître. Il s’empara donc d’un des serfs de ce maître, Aleb ; et quand il le posséda, il lui suggéra d’induire en péché les autres serfs.

Un jour donc que les serfs se reposaient et louaient leur maître, Aleb prit la parole et dit : « Mes frères, c’est à tort que vous louez la bonté de votre maître. Si vous vous mettiez à faire toutes ses volontés, le diable lui-même deviendrait bon. Nous servons bien notre maître ; nous lui obéissons en tout ; nous exécutons ses moindres ordres ; nous prévenons ses moindres désirs ; comment ne serait-il pas bon pour nous ? Mais si nous agissions autrement ; si nous faisions mal, il deviendrait tout comme les autres, il nous ferait même souffrir davantage que les maîtres les plus cruels. »

Une discussion s’engagea entre les autres serfs et Aleb. Ils discutèrent et firent un pari. Aleb gagea de mettre en colère le bon maître. Il stipula que s’il échouait, il perdrait ses habits de fête ; et que, si au contraire, il réussissait, chacun lui donnerait les siens. En outre, les serfs promirent de le défendre contre le maître, et, si on le mettait aux fers ou en prison, de le délivrer. Le pari fut tenu. Le lendemain matin, Aleb annonça qu’il mettrait le maître en colère. Aleb était attaché à la bergerie : il soignait les moutons de race, des moutons très chers. Ce matin-là, tandis que le bon maître entrait dans la bergerie avec des visiteurs auxquels il vou-