Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/306

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— Qui le sait ? Il vit sans rien dire, doucement, et travaille bien.

— Ne peut-on pas lui parler, l’interroger sur sa vie ? demanda alors le visiteur.

— Sans doute, fit le maître.

Il cria hors de la tente :

— Grand-père ! Grand-père ! viens boire du koumiss avec nous, et amène la vieille avec toi.

Ilias entra avec sa femme. Ils saluèrent le maître et les hôtes ; puis Ilias fit la prière et s’accroupit près de la porte, tandis que sa femme passait derrière le rideau et allait s’asseoir avec la maîtresse. On donna une tasse de koumiss à Ilias. Il salua, but une gorgée, et reposa la tasse.

— Eh bien ! Grand-père, lui dit le visiteur, cela doit t’attrister de nous voir ainsi, en songeant à ta vie passée, en comparant ton bonheur d’autrefois avec la vie si humble que tu mènes aujourd’hui ?

Ilias sourit et répondit :

— Si je parlais moi-même de mon bonheur ou de mon malheur, tu ne me croirais peut-être pas. Interroge plutôt ma femme. C’est une femme qui a le cœur sur la langue, elle te dira la vérité.

Le visiteur cria derrière le rideau :

— Eh bien ! Grand’mère, que penses-tu de ton bonheur passé et de ta misère présente ?

Et Scham-Schemagi répondit de derrière le rideau :

— Voici ce que j’en pense. Nous avons vécu cin-