Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/347

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— Tous les trotteurs sont chez le marchand ; ils servent au transport de l’eau pour son étang.

Ainsi le tzar ne pouvait réaliser aucun de ses projets. On ne voulait rien faire pour lui, tandis qu’on faisait tout pour le marchand : on lui portait seulement l’argent du marchand pour les impôts. Et le tzar avait tant d’argent qu’il ne savait où le mettre, mais il vivait très mal. Il avait renoncé à ses entreprises, mais voilà qu’il lui devenait difficile de trouver même à vivre. Tout lui manquait : tous ses domestiques, ses cuisinières, ses cochers, l’avaient quitté pour le marchand, si bien que la nourriture même commençait à faire défaut. Il envoyait au marché acheter quelque chose. On ne trouvait rien, le marchand avait tout dévalisé. À lui, on n’apportait que l’argent des impôts.

Tarass le Tzar se fâcha, et expulsa de son royaume le marchand. Celui-ci s’établit juste à la frontière et continua son trafic. En échange de son argent on lui apportait tout, au tzar rien.

Tout allait de mal en pis pour le tzar. Il passait des journées entières sans manger. Mais voilà que courut le bruit que le marchand se vantait d’acheter le tzar lui-même.

Le tzar Tarass eut peur ; il ne savait que faire. Simon le Guerrier vint chez lui.

— Secours-moi, dit-il, le tzar indien m’a dépossédé.

— Que ferais-je ! dit Tarass ; je suis resté moi-même deux jours sans manger.