Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/351

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On cherche, on cherche, pas d’armée. On attend s’il n’en paraîtra point une à l’horizon. Il n’en est pas même question. Impossible de se battre. Le tzar de Tarakansk envoie occuper les villages. Les soldats viennent dans un village. Les imbéciles, hommes et femmes, sortent de leurs demeures, regardent les soldats et s’étonnent. Les soldats prennent leur blé, leur bétail. Les imbéciles donnent tout ; personne ne se défend.

Les soldats occupent un autre village ; c’est la même chose. Ils marchent ainsi un jour, puis un autre ; et c’est partout de même : on leur donne tout, personne ne se défend ; les gens du pays les invitent même à vivre avec eux.

— Mes chers amis, disent-ils, si vous vivez mal chez vous, venez donc vous installer chez nous pour toujours.

Les soldats marchent, marchent ; pas d’armée. Partout des gens qui vivent, se nourrissent, ne se défendent pas, et invitent les soldats à demeurer avec eux.

Les soldats finirent par s’ennuyer. Ils se rendirent chez le tzar de Tarakansk et lui dirent :

— Nous ne pouvons pas nous battre. Conduis-nous ailleurs. Si c’était la guerre, à la bonne heure ! Mais ici, autant vaudrait couper de la gélatine. Nous ne pouvons guerroyer ici.

Le tzar de Tarakansk se fâcha. Il ordonna à ses soldats de parcourir tout le royaume, de ruiner les