Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/357

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Le vieux diable fut donc obligé d’aller de porte en porte. Il arriva ainsi à la maison d’Ivan et il demanda à manger à la muette qui était en train de préparer le repas de son père. La muette avait été si souvent trompée par des paresseux qui venaient de bonne heure pour le dîner, sans avoir travaillé, et mangeaient tout le gruau, qu’elle était devenue habile à les reconnaître à leurs mains ; ceux qui avaient les mains calleuses étaient admis à la table ; pour les autres, rien que les rogatons.

Le vieux diable se glissa vers la table. La muette lui prit la main et l’examina : pas de callosités, des mains blanches avec de longues griffes. Elle se mit à pousser des sons rauques et repoussa le diable de la table.

La femme d’Ivan intervint.

— Ne te fâche pas, mon beau monsieur, ma belle-sœur chasse de la table quiconque n’a pas les mains calleuses. Attends un peu, quand tous auront dîné, tu mangeras les restes.

Le vieux diable était mortifié : dans la maison du tzar, manger avec les pourceaux !

Et il dit à Ivan :

— C’est une loi stupide, cette loi de ton royaume qui veut que chacun travaille de ses mains. C’est par bêtise que vous avez inventé cela. Est-ce avec les mains seulement qu’on travaille ? Avec quoi penses-tu que travaillent les gens intelligents ?

— Comment le saurions-nous, nous autres im-