Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/387

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vendait sa terre, et qu’un paysan, qui habitait au bord de la grand’route, voulait l’acheter.

Les paysans en furent tout contrits : « Eh bien ! pensaient-ils, si la terre revient à celui-ci, ce sera encore pire, pour les amendes, qu’avec la propriétaire. Nous ne pouvons pas nous passer de cette terre. »

Les paysans se rendirent auprès de la propriétaire pour la prier de ne pas vendre à l’autre paysan, mais à eux-mêmes. Ils promirent un meilleur prix. La propriétaire consentit. Les paysans s’entendirent pour faire acheter la terre par le mir. Il y eut une, deux réunions, mais l’affaire n’avançait pas. Le diable les divisait : ils ne pouvaient s’entendre. Ils décidèrent enfin d’acheter chacun sa part, suivant ses ressources. La propriétaire consentit. Pakhom apprit que son voisin avait acheté vingt déciatines, et que la propriétaire lui avait laissé la faculté de payer la moitié du prix par annuités. Pakhom fut pris de jalousie. « On achètera toute la terre, pensa-t-il, et moi je n’aurai rien. »

Il en causa avec sa femme.

— Les gens achètent, dit-il ; il nous faut aussi acheter une dizaine de déciatines, sans quoi nous ne pourrons pas vivre. Ce régisseur nous a ruinés par ses amendes.

Il réfléchit au moyen de faire l’achat. Il avait cent roubles d’économies. En vendant le poulain