Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/388

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et la moitié des abeilles, en louant son fils comme garçon de ferme, et en empruntant encore chez le parrain, Pakhom put réunir la moitié de la somme. Il ramassa l’argent, choisit une quinzaine de déciatines de terre avec un petit bois, et alla chez la propriétaire pour régler l’achat. Il acheta les quinze déciatines, et, le marché conclu, laissa des arrhes. On se rendit à la ville pour dresser l’acte de vente : il payait la moitié comptant et s’engageait à s’acquitter du reste en deux ans. Pakhom revint propriétaire du terrain.

Il emprunta encore du grain. Il ensemença son nouveau bien ; la récolte fut bonne. En une seule année il paya sa dette et à la propriétaire et à son beau-frère. Il devint ainsi, lui, Pakhom, un vrai propriétaire. C’était sa terre qu’il labourait et ensemençait ; c’était sur sa terre qu’il coupait le foin ; sur sa terre qu’il élevait son bétail ; c’étaient les arbres de sa terre qu’il taillait en pieux. Quand Pakhom laboure sa terre à lui, voit pousser son blé et ses prairies, il est transporté de joie. L’herbe lui semble tout autre ; les fleurs lui semblent différentes. Jadis, quand il passait sur cette terre, elle lui paraissait ce qu’est une terre ordinaire ; à présent, il la voyait transformée.