Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/410

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D’horreur le souffle lui manque. Il court ; la sueur plaque sur son corps la chemise et le caleçon ; sa bouche est sèche. Sa poitrine se soulève comme un soufflet de forge ; son coeur bat comme un marteau ; il ne sent plus ses pieds. Il n’en peut plus. Pakhom ne pense plus maintenant à la terre, il ne songe qu’à ne pas mourir d’épuisement.

Il a peur de mourir, mais il ne peut s’arrêter. « J’ai déjà tant fait, dit-il, que si je m’arrête à présent, on se moquera de moi ! »

Il entend les Baschkirs siffler, crier. À ces cris son cœur s’enflamme encore davantage. Il rassemble ses dernières forces et continue à courir. Et le soleil semble, comme exprès, descendre plus vite. Mais le but n’est plus très loin. Pakhom voit déjà les gens sur la colline. On lui fait signe de se presser. Il voit aussi le bonnet par terre avec l’argent, et le chef assis à terre, qui se tient le ventre à deux mains. Et Pakhom se rappelle son rêve.

« Il y a beaucoup de terre, pensa-t-il, Dieu me permettra-t-il d’y vivre ! Ah ! je n’arriverai pas !… Je me suis perdu moi-même ! »

Et Pakhom continue à courir. Il regarde le soleil. Le soleil est rouge, élargi, il s’approche de la terre ; déjà son bord est caché… Quand Pakhom, en courant, arrive au pied de la colline, le soleil est couché. « Ah ! pense-t-il, tout est perdu ! » Déjà il voulait s’arrêter, mais il entend les cris des