Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/439

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jeune et fort. Ses habits étaient beaux, ainsi que son cheval et sa selle.

Le filleul l’arrêta et lui demanda qui il était et où il allait ?

L’homme s’arrêta et dit :

— Je suis un brigand. Je vais par les chemins et tue les gens. Plus je tue, plus mes refrains sont gais.

Le filleul effrayé pensa : « Comment chasser le mal de cet homme ? Il est facile d’exhorter ceux qui viennent spontanément se repentir chez moi. Mais celui-ci se vante de ses péchés. » Le filleul ne dit rien, il s’éloigna et pensa : « Comment faire ? Ce brigand va maintenant passer par ici ; il effrayera le monde. On cessera de venir me trouver, et je ne saurais être utile à personne ni vivre moi-même ». Et le filleul s’arrêta et se mit à dire au brigand :

— Il vient chez moi des pécheurs, non se vanter de leurs péchés, mais se repentir, se purifier. Repens-toi aussi si tu crains Dieu. Sinon, éloigne-toi d’ici et n’y reviens jamais ; ne me trouble pas et n’effraye pas ceux qui viennent. Et si tu ne m’écoutes pas, Dieu te punira.

Le brigand se mit à rire et répondit :

— Je ne crains pas Dieu, et toi, je ne t’obéirai pas. Tu n’es pas mon maître. Toi tu te nourris de ta piété, et moi je me nourris de brigandages. Tout le monde doit se nourrir. Raconte tes histoires aux femmes qui viennent te trouver ; moi je n’en ai que