Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/49

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développais, et tant que je sentais en moi cette croissance, il était naturel pour moi de penser que c’était là cette loi universelle qui me donnerait les solutions des questions de ma vie. Mais, le temps venu, ma croissance s’arrête. Je sens que je ne me développe plus, mais que je me rétrécis ; mes muscles faiblissent, mes dents tombent. Je m’aperçus alors que cette loi non seulement ne m’expliquait rien, mais qu’elle n’avait jamais existé et ne pouvait exister ; j’avais pris pour la loi ce que j’avais trouvé à certaines époques de ma vie. J’examinai plus sévèrement la définition de cette loi, et je compris clairement qu’une loi de développement infini ne peut exister. Je compris clairement que dire : tout se développe, se perfectionne, se complique, se différencie, dans l’espace et le temps infinis, ne veut absolument rien dire. Ce sont des mots dénués de signification, car, dans l’infini, il n’y a ni complication, ni simplicité, ni avant, ni après, ni pire ni mieux.

Mais le principal, c’est que ma question personnelle : « Que suis-je, moi, avec tous mes désirs ? » restait ainsi sans aucune réponse. Et je compris que ces sciences sont très intéressantes, très séduisantes, mais qu’elles ne sont exactes et claires qu’en raison inverse de leur applicabilité aux questions de la vie. Moins elles sont applicables aux questions de la vie, plus elles sont exactes et claires ; plus elles essayent de donner les réponses aux questions