Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/66

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Mais cette troisième fois, un nouveau spectacle s’offre à lui. Il voit qu’on porte quelque chose : — Qu’est-ce ? — Un homme mort. — Que veut dire mort ? demande le prince. On lui explique que mourir veut dire : être ce qu’est devenu cet homme. Le prince s’approche, soulève le linceul et regarde :

— Qu’adviendra-t-il de lui, après ? demande le prince.

On lui dit qu’on l’ensevelira dans la terre.

— Pourquoi ?

— Parce qu’il est certain qu’il ne sera plus jamais vivant et qu’il ne sortira de lui que vers et puanteur.

— Et c’est le sort de tous les hommes ? Ce sera la même chose pour moi ? On me mettra dans la terre ? Il ne restera de moi que puanteur, et les vers me mangeront ?

— Oui.

— Retournons, je ne veux plus me promener et n’irai plus jamais !

Chakia-Mouni ne peut trouver de consolation dans la vie. Il décide que la vie est le plus grand des maux, et, de toutes les forces de son âme, il essaye de s’en délivrer et d’en délivrer les autres, de telle sorte qu’après la mort la vie ne se renouvelle pas ; il extermine la vie dans sa racine même.

Voilà ce que dit la sagesse indienne.

Voici encore ce que dit la sagesse humaine, quand elle répond directement à la question de la vie :