Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/65

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C’est ainsi que parle Salomon ou celui qui a écrit ces paroles.

Et voici ce que dit la sagesse indienne.

Chakia Mouni, un jeune prince heureux, à qui on avait caché toutes les maladies, la vieillesse et la mort, va à la promenade et rencontre un vieillard affreux, édenté, la bouche baveuse. Le prince, à qui, jusqu’à ce jour, on avait caché la vieillesse, s’étonne et demande à son serviteur ce que c’est et pourquoi cet homme est en cet état misérable et repoussant. Lorsqu’il apprend que c’est le sort de tous les hommes et, que lui, jeune prince, sera un jour semblable à ce vieillard, il ne peut poursuivre sa promenade et donne l’ordre du retour pour réfléchir à ce qu’il vient d’apprendre. Et il s’enferme et réfléchit. Il trouve probablement une consolation quelconque, car, de nouveau gai et heureux, il part à la promenade.

Mais cette fois il rencontre un malade. Il voit un homme épuisé, les yeux troubles, tremblant et le teint presque bleuâtre. Le prince, à qui on avait caché la maladie, s’arrête et demande ce que c’est. Lorsqu’il apprend que c’est la maladie à laquelle sont sujets tous les hommes, et que lui-même, prince heureux et bien portant, peut en être atteint demain, de nouveau, il ne se sent plus de goût pour le plaisir, il retourne à son palais, et derechef cherche le calme. Et probablement il le trouve, car, pour la troisième fois, il part à la promenade.