Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol19.djvu/89

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l’unité de l’essence de l’âme, de la conception humaine du bien et du mal, sont des idées élaborées dans l’infini lointain de la pensée humaine, ce sont des idées sans quoi il n’y aurait pas de vie, sans quoi je ne serais pas moi-même. Rejetant ce travail de toute l’humanité, je voulais faire tout cela moi-même, d’une nouvelle manière, la mienne.

Alors je ne pensais pas ainsi ; mais les germes de ces pensées étaient déjà en moi. Je comprenais :

1o Que ma situation, comme celle de Schopenhauer et de Salomon, était stupide, malgré notre sagesse. Nous comprenons que la vie est un mal et nous vivons quand même. C’est évidemment absurde. Si la vie est stupide et si j’aime tant la raison, il faut détruire la vie ; personne ne le niera.

2o Je comprenais que tous nos raisonnements tournaient dans un cercle enchanté, comme une roue qui ne s’engrène pas aux autres rouages ; nous aurions beau raisonner, nous ne pourrions recevoir de réponse à la question, car toujours 0 = 0 ; c’est pourquoi notre chemin n’était probablement pas le bon.

3o Je commençais à comprendre que dans les réponses données par la foi se trouvait la sagesse la plus profonde de l’humanité, et que je n’avais pas le droit de nier ces réponses, en me basant sur la raison ; et qu’enfin ces réponses capitales seules répondaient à la question de la vie.