Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/113

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et plus familière qu’auparavant dans ses relations. Je remarquai deux petites cicatrices près du nez et des sourcils, mais les beaux yeux et le sourire étaient fidèles à mes souvenirs et brillaient comme autrefois.

— Comme vous avez changé ! — continua-t-elle ; — vous êtes devenu tout à fait grand. Eh bien ! Et moi, comment me trouvez-vous ?

— Ah ! moi, je ne vous aurais pas reconnue — répondis-je, bien qu’à ce moment même je pensasse que je la reconnaîtrais toujours. Je me sentis derechef cette gaie et insouciante disposition d’esprit où je me trouvais cinq ans plus tôt, quand je dansais avec elle le grosfater [1], au bal de grand’mère.

— Quoi, ai-je beaucoup enlaidi ? — demanda-t-elle en secouant sa petite tête.

— Non, pas du tout, vous avez grandi un peu, vous êtes plus âgée, — me hâtai-je de reprendre, — mais au contraire, et même…

— Bah ! qu’importe, vous rappelez-vous nos danses, nos jeux, Saint-Jérôme, madame Dorat, (je ne me rappelais nullement madame Dorat ; évidemment, entraînée par le plaisir de ses souvenirs d’enfance, elle confondait). Ah ! quel beau temps c’était ! — continua-t-elle, et le même sourire et les mêmes yeux plus charmants encore que ceux dont je gardais le souvenir, brillèrent devant moi.

  1. Grosvater, grand-père. Nom d’une danse allemande.