Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/116

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que je ne pourrais pas me lever et, en effet, je ne pus le faire. Madame Valakhina s’étonnait sans doute de mon visage empourpré et de ma complète immobilité, mais je trouvais qu’il était préférable de rester dans cette situation stupide que de risquer de me lever d’une façon ridicule et de sortir. Je demeurai ainsi assez longtemps, attendant qu’un hasard favorable me tirât d’embarras. L’occasion se présenta dans la personne d’un jeune homme de rien, qui, avec l’habitude évidente de la maison, entra au salon et me salua poliment. Madame Valakhina se leva et, s’excusant par la nécessité de s’entretenir avec son homme d’affaires, elle me regarda d’un air étonné qui signifiait : « Si vous voulez rester ici un siècle, je ne vous chasse pas. » Enfin, faisant un véritable effort, je me levai, mais ne pus saluer et, suivi d’un regard de compassion de la mère et de la fille, je sortis en culbutant une chaise qui n’était pas du tout dans ma direction, mais je l’attrapai parce que toute mon attention s’attachait à ne pas m’accrocher dans le tapis qui était sous mes pieds. À l’air frais, en me secouant et en grognant si haut que même Kouzma me demanda plusieurs fois : « Que désirez-vous ? » cette contrainte pénible se dissipa, et je commençai à réfléchir assez tranquillement à mon amour pour Sonitchka et à ses relations avec sa mère, qui me semblaient étranges. Quand, plus tard, je fis à mon père cette remarque