Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/121

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Eh bien ! dites-moi, mon ami : êtes-vous allé déjà chez le prince Ivan ?

Je répondis que je n’y étais pas encore allé, mais que j’irais aujourd’hui même.

— Ah ! est-ce possible ! — s’exclama-t-elle — c’est la première visite que vous deviez faire. Vous savez bien que le prince Ivan est pour vous comme un père. Il n’a pas d’enfants, et pour héritiers, il n’a que vous et mes enfants. Vous devez le respecter pour son âge, sa position dans le monde, et pour tout. Je sais bien que vous, la jeunesse d’aujourd’hui, vous ne comptez pas la parenté et n’aimez pas les vieux ; mais écoutez votre vieille tante, car je vous aime, j’aimais votre maman, et j’aimais et respectais votre grand’mère. Non, allez-y, il le faut absolument, allez.

Je dis que j’irais sûrement, et comme, selon moi la visite durait depuis assez longtemps, je me levai pour partir, mais elle me retint.

— Non, attendez un moment. Où est votre père, Lise ? Appelez-le, il sera content de vous voir, — continua-t-elle en s’adressant déjà à moi.

En effet, deux minutes après, entra le prince Mikhaïl. C’était un monsieur de taille moyenne, robuste, habillé très négligemment, non rasé, et l’expression de son visage était si indifférente qu’elle semblait sotte. Il n’était nullement ravi de me voir, du moins il n’exprimait pas cela. Mais la princesse, dont il avait évidemment très peur, lui dit :