Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/136

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ne sais où Dmitri avait pris l’habitude de dire que tout ce qui est bon est rare dans le monde actuel ; il aimait à répéter cette expression, elle lui allait bien).

— Je crains seulement — continua-t-il tranquillement, en écrasant sous son raisonnement les hommes qui avaient la bêtise d’aimer la beauté, — je crains que tu ne la comprennes pas et ne l’apprécies pas de suite ; elle est modeste et même cachée, elle n’aime pas à montrer ses belles et admirables qualités. Ainsi ma mère qui, comme tu le verras, est une femme très bonne et très intelligente, connaît Lubov Sergueievna depuis déjà quelques années et elle ne peut ni ne veut la comprendre. Même hier… je te dirai pourquoi je n’étais pas de bonne humeur quand tu me l’as demandé. Avant-hier, Lubov Sergueievna voulait que j’allasse avec elle chez Ivan Iacovlevitch — tu as sans doute entendu parler d’Ivan Iacovlevitch, il passe pour un fou, et en réalité c’est un homme remarquable. Je dois te dire que Lubov Sergueievna est très pieuse et comprend parfaitement Ivan Iacovlevitch. Elle va souvent le voir, s’entretient avec lui et lui donne pour les pauvres l’argent qu’elle gagne elle-même. C’est une femme admirable, tu verras. Eh bien ! Je suis allé avec elle chez Ivan Iacovlevitch et je lui suis très reconnaissant de m’avoir fait connaître cet homme extraordinaire. Et ma mère ne veut nullement comprendre cela,