Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/153

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lier de sacrifice. Peu leur importe que vous ayez bien mangé ou bien dormi, que vous soyez gai et bien portant, et elles ne feront rien pour vous procurer ces commodités si elles sont en leur pouvoir ; mais affronter la mort, se jeter à l’eau, ou dans le feu, mourir d’amour, c’est à quoi elles sont toujours prêtes, si l’occasion s’en présente. En outre, les personnes enclines à l’amour dévoué sont toujours fières de leur amour, exigeantes, jalouses, soupçonneuses, et, c’est étrange à dire, elles souhaitent des dangers à l’objet de leur amour pour pouvoir les en tirer, pour les consoler, et même des vices pour les en corriger.

Vous vivez seul à la campagne avec votre femme qui vous aime d’un amour dévoué. Vous êtes bien portant, tranquille, vous n’avez que des occupations qui vous plaisent. Votre femme aimante est si faible qu’elle ne peut s’occuper du ménage, qui est aux mains des servantes, ni même des enfants qui sont confiés à des gouvernantes, ni même d’une chose quelconque qu’elle aime, car elle n’aime que vous. Elle est visiblement malade, mais pour ne pas vous attrister, elle ne veut pas vous le dire ; elle s’ennuie visiblement, mais pour vous, elle est prête à s’ennuyer toute sa vie ; elle souffre visiblement de ce que vous vous occupez trop de votre affaire (quelle qu’elle soit : chasse, livres, agriculture, service), elle voit que ces occupations vous perdent, mais elle se tait et souffre. Mais