Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/159

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d’indifférence qu’il était évident que la discussion l’occupait beaucoup et qu’il lui était bien égal que j’entendisse ou non ce qu’elle disait. Le regard de la princesse, qui évidemment était du côté de Varenka, avait la même expression. Mais Dmitri en ma présence se mit à discuter avec plus d’ardeur encore et Lubov Sergueievna parut s’effrayer beaucoup de mon arrivée et prononça sans s’adresser particulièrement à quelqu’un : « Les vieux disent vrai : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. »

Mais cette sentence ne mit pas fin à la discussion et me donna seulement l’idée que le côté de Lubov Sergueievna et de mon ami n’était pas celui qui avait raison. Bien qu’un peu gêné d’assister à une petite querelle intime, il m’était cependant agréable de voir les véritables relations de cette famille se montrer dans cette querelle, et de sentir que ma présence ne les empêchait pas de s’expliquer.

Il arrive souvent de ne voir une famille, pendant des années entières, que sous le voile uniforme, mensonger des convenances, tandis que les vraies relations entre ses membres restent pour vous un mystère. (J’ai même remarqué que plus ce voile est impénétrable et beau, plus grossières sont les relations vraies qu’il cache.) Mais il advient une fois, tout à fait à l’improviste, que dans l’intimité de cette famille se soulève une question quelconque, qui parfois semble même insignifiante ; une question sur une dame blonde ou sur une