Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/163

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Pendant la lecture, en écoutant sa voix sonore, agréable, et en regardant tantôt elle, tantôt les allées sablées du jardin sur lesquelles se formaient des taches de pluie rondes et foncées, tantôt les tilleuls dont les feuilles recevaient les rares gouttes de pluie du bord pâle, à peine bleuâtre des nuages qui nous entouraient, tantôt de nouveau Varenka, tantôt le dernier rayon rouge du soleil couchant qui éclairait les vieux bouleaux épais et mouillés de pluie et encore Varenka, j’ai pensé qu’elle n’était pas mal du tout, comme elle m’avait paru tout d’abord.

« C’est dommage que je sois amoureux et que Varenka ne soit pas Sonitchka ! Comme ce serait bien de devenir subitement membre de cette famille, j’aurais tout à coup, une mère, une tante, une femme. » Tandis que je pensais cela, je regardais fixement Varenka qui lisait et j’eus l’idée que je la magnétisais et qu’elle devait me regarder. Varenka leva la tête de dessus son livre, me regarda et rencontrant mes yeux se détourna.

— Cependant, la pluie ne cesse pas — fit-elle.

Et subitement j’éprouvai un sentiment étrange : je me rappelai que ce que j’éprouvais à ce moment était juste la répétition de ce que j’avais éprouvé une fois. Comme alors tombait une petite pluie, le soleil se couchait derrière les bouleaux, et je la regardais et elle lisait, et je la magnétisais et elle se retournait ; et je me rap-