Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/162

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et dans la taille droite de la princesse soutenue par le corset, dans les boucles des cheveux gris sorties du bonnet, dans la façon de m’appeler tout simplement dès la première entrevue, Nicolas et lui ; dans leurs occupations, lecture, couture des robes, dans la blancheur extraordinaire des mains des dames. (Chez toutes, la main avait un même trait de famille qui consistait en ceci : la paume était d’une carnation vive, qui différait de la blancheur extraordinaire de la partie supérieure de la main, tranchée par une ligne droite, raide.) Mais le plus caractéristique, c’était leur façon à toutes trois de parler admirablement le russe et le français, en prononçant distinctement chaque lettre, et en finissant avec une exactitude pédantesque chaque mot, chaque proposition. Tout cela et le fait qu’on me traitait simplement et qu’on me prenait au sérieux, comme une grande personne avec qui on échange des opinions, m’était si peu habituel qu’en dépit de mes boutons brillants et de mon col bleu, j’avais toujours peur qu’on ne me dît subitement : « Pensez-vous qu’on vous parle sérieusement ? Allez encore à l’école. » Tout cela produisait sur moi un tel effet, que dans cette société, je ne sentais aucune gêne, je me levais, j’allais d’une place à l’autre, je parlais hardiment avec tous, sauf avec Varenka, car je trouvais inconvenant et je regardais même comme une chose défendue de, lui parler à une première visite.