Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/167

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Ivan Ivanovitch qui vivait toujours à Moscou ou à Naples, ce que savaient très bien les Nekhludov ? Pourquoi ai-je dit cela, vraiment je ne peux m’en rendre compte. Ni dans l’enfance, ni dans l’adolescence, ni plus tard, dans l’âge mûr, je ne remarquai en moi le vice du mensonge, au contraire, j’étais plutôt trop sincère, trop franc ; mais à cette première époque de la jeunesse, souvent me prenait l’envie bizarre, sans cause évidente, de mentir de la façon la plus effroyable. J’ai dit précisément « de la façon la plus effroyable, » parce que je mentais sur de telles choses qu’il était facile de me confondre. Il me semble que le désir ambitieux de me montrer un tout autre homme que celui que j’étais, joint à l’espoir irréalisable dans la vie de mentir sans être convaincu de mensonge, étaient la cause principale de cette inclination étrange.

Après le thé, comme la pluie avait cessé et que le temps était doux et clair, la princesse proposa d’aller se promener au bas du jardin et d’admirer son endroit favori. Fidèle à mon principe de me montrer toujours original, et pensant que des personnes aussi intelligentes que moi et la princesse devaient être au-dessus de la politesse banale, je répondis que je détestais me promener sans but, et que si j’aimais la promenade, c’était tout à fait seul. Je ne m’aperçus pas du tout de ma grossièreté, mais de même qu’à cette époque il me