Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/174

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


admirable ! Et, voici ce que je ferais : je le remarquerais aussitôt, je ne dirais rien, je viendrais chez Dmitri et lui dirais : « Mon ami, nous nous cacherions en vain l’un de l’autre, tu sais que mon amour pour ta sœur ne finira qu’avec ma vie, mais je sais tout, tu m’as privé de mon plus doux espoir, tu me rends malheureux, mais sache comment Nicolas Irteniev paye pour le malheur de toute sa vie ! Voilà ma sœur. » — Et je lui donnerais la main de Lubotchka. Il me dirait : « Non, jamais ! »… et moi, je répondrais : « Prince Nehkludov, c’est en vain que vous voulez être plus magnanime que Nicolas Irteniev, il n’y a pas au monde d’homme plus magnanime que lui. » Je saluerais et sortirais. Dmitri et Lubotchka en larmes, courraient derrière moi et me supplieraient d’accepter leur sacrifice. Et moi, je pourrais consentir, je pourrais être très heureux, si seulement j’étais épris de Varenka…» Ces rêves m’étaient si agréables que je désirais vivement les communiquer à mon ami, mais malgré notre serment de franchise réciproque, je sentis, je ne sais pourquoi, qu’il n’y avait pas de possibilité matérielle à dire cela.

Dmitri revint de chez Lubov Sergueievna, qui lui avait donné des gouttes pour mettre sur sa dent ; il souffrait davantage, et à cause de cela, était encore plus sombre. Mon lit n’était pas encore préparé et un jeune garçon, le valet de Dmitri, vint lui demander où je couchais.