Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/176

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la chambre, jetant rarement un coup d’œil sur moi, avec la même expression, implorant le pardon ; ensuite il tira de sa table son journal, et il y écrivit quelque chose, puis il ôta son veston, le plia soigneusement, s’approcha du coin où était l’icône, joignit sur sa poitrine ses longues mains blanches et se mit à prier. Il pria si longtemps que Vaska réussit, pendant ce temps, à apporter le matelas et à le mettre sur le parquet, ce que je lui expliquai à voix basse. Je me déshabillai et me couchai dans le lit fait sur le parquet, Dmitri continuait toujours à prier. En regardant le dos un peu courbé de Dmitri, et ses talons qui se montraient à moi quand du front il touchait la terre, j’aimais Dmitri encore plus qu’auparavant et je pensais sans cesse : « Oui ou non, faut-il lui dire ce que j’ai rêvé à propos de nos sœurs ? »

Sa prière finie, Dmitri s’allongea sur mon lit et appuyé sur la main, longtemps, en silence, avec un regard caressant et honteux, il me regarda. Évidemment cela lui était pénible, mais il le faisait comme pour se punir. Je souris en le regardant. Il sourit aussi.

— Et pourquoi donc ne me dis-tu pas que j’ai mal agi ? — remarqua-t-il. — Tu le penses maintenant ?

— Oui, répondis-je. — Je pensais à tout autre chose, mais il me semblait en effet que je pensais cela. — Oui, c’est très mal, je n’attendais