Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/18

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lançant juste sous les fenêtres, le pépiement effaré des petits oiseaux qui s’agitaient dans le buisson, le mur de clôture noir, mouillé de neige fondue, et principalement l’air humide et parfumé, le soleil joyeux, me disaient nettement quelque chose de nouveau et de beau que je ne saurais rendre tel qu’il se révélait à moi, mais que j’exprimerai de mon mieux : tout cela me parlait de la beauté, du bonheur, de la vertu, et me les montrait comme faciles à atteindre, et possibles pour moi, comme inséparables, et même comme ne formant en trois qu’une seule et même chose.

« Comment ai-je pu ne pas comprendre combien j’ai été mauvais jusqu’à présent, et comment je pourrai être bon et heureux dans l’avenir ? » me dis-je : — « Il faut immédiatement se hâter de devenir un autre homme et commencer à vivre autrement ». Cependant, malgré cela, je restai encore longtemps assis sur la fenêtre, rêvant et ne faisant rien. Vous est-il arrivé, l’été, par un temps sombre et pluvieux, d’aller dormir dans la journée, et vous éveillant au coucher du soleil, d’ouvrir les yeux, et dans le cadre élargi de la fenêtre, sous le store de toile qui ondule au vent, d’apercevoir de côté, l’allée des tilleuls mouillés de pluie et de couleur violette et le petit sentier humide du jardin éclairé par les rayons obliques, clairs ; d’entendre subitement dans le jardin le cri joyeux des oiseaux, d’apercevoir dans l’échancrure de la fenêtre les in-