Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/182

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et la maison, avons-nous pu rester si longtemps l’un sans l’autre ? » Et je courus avec hâte de droite et de gauche pour voir si les autres chambres étaient toujours les mêmes. Rien n’était changé, mais seulement tout était plus petit, plus bas, comme si moi j’étais devenu plus haut, plus lourd, plus rude ; mais tel que j’étais la maison me recevait joyeusement dans son sein, et par chaque planche, par chaque fenêtre, par chaque marche de l’escalier, par chaque bruit, excitait en moi une foule d’images et de sentiments, de souvenirs du passé heureux à jamais disparu. Nous allâmes dans notre chambre à coucher d’enfants, de nouveau m’assaillirent toutes mes frayeurs enfantines des ténèbres, des coins et des portes. Nous traversâmes le salon ; le même amour, doux, tendre, maternel, enveloppe tous les objets qui sont là. Dans la salle, la gaieté bruyante, insouciante, enfantine, semblait s’être arrêtée et attendre qu’on l’animât de nouveau. Dans le divan, où nous introduisit Foca et où il m’avait préparé un lit, le miroir, le paravent, la vieille icône de bois, chaque saillie du mur tendu de papier blanc, tout semblait parler des souffrances de la mort, de ce qui ne serait plus jamais.

Nous nous couchâmes et Foca, nous souhaitant une bonne nuit, se retira.

— C’est pourtant dans cette chambre que maman est morte ! — fit Volodia.