Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas du jardinier, de l’innocent Akime, qui marmonne sans cesse entre ses dents. On pense : non, ni lui, ni personne au monde ne me trouvera ici… Des deux mains, à droite et à gauche, j’arrache les fruits bien mûrs, je les avale avec plaisir l’un après l’autre. Mes jambes sont mouillées jusqu’au dessus des genoux, une absurdité quelconque traverse ma tête (en pensée je répète mille fois de suite i : i i, po. o o o, cha. a. a. c. c c. etc.) Mes bras et mes jambes à travers les pantalons mouillés sont brûlés par les orties ; les rayons verticaux du soleil, qui se sont fait un chemin dans le fourré, commencent déjà à brûler ma tête ; mon appétit est depuis longtemps calmé et je reste toujours dans le fourré à regarder, à écouter, à penser, et les arrachant machinalement, j’avale les meilleurs fruits.

Ordinairement, vers onze heures, je descends au salon, en général après le thé quand les dames sont installées avec leurs ouvrages. Le store de toile écrue de la première fenêtre, du côté du soleil est baissé et à travers ses petits trous le soleil clair met sur tout ce qu’il rencontre sur sa route, des cercles de feu si brillants qu’on a mal aux yeux à les regarder. Près de cette fenêtre est placé un métier à broder, des mouches se promènent doucement sur l’étoffe blanche qu’il tend. Mimi est assise devant le métier, sans cesse elle secoue la tête avec colère et change de place à cause du soleil qui s’étant fait un chemin lui pose des