Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/208

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des buissons de framboisiers mêlés aux mauvaises herbes. Une ortie d’un vert sombre dresse sa tige fleurie, élégante ; une large bardane aux feuilles hérissées, d’un violet étrange, se dresse lourdement au-dessus des framboisiers et même au-dessus de ma tête, et çà et là, avec l’ortie elle atteint même les larges branches vert pâle du vieux pommier au haut duquel, droit en face du soleil, mûrissent de petites pommes rondes, lisses et brillantes comme des noyaux. En bas, le jeune buisson de framboisiers, presque secs, sans feuilles, en se tordant, monte vers le soleil ; l’herbe verte, pointue et la jeune bardane, humides de rosée à travers les feuilles de l’année passée se dressent et poussent vigoureusement à l’ombre éternelle, comme s’ils ne savaient pas que sur les feuilles du pommier joue le clair soleil.

Dans ce fourré toujours humide s’exhale l’odeur de l’ombre épaisse et continue des toiles d’araignée, des pommes pourries qui, déjà noires, sont disséminées sur le sol, de la framboise, parfois de la punaise des bois qu’on avale par hasard avec le fruit et dont on se hâte de faire passer l’abominable goût en avalant un autre fruit. En marchant on effraye les moineaux qui peuplent toujours le fourré, on entend leur pépiement hâtif et le choc de leurs ailes petites et agiles contre les branches ; le bourdonnement d’une abeille qui tournoie à la même place, et quelque part, dans l’allée, les