Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/21

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du domestique je n’exigerai pour moi aucun travail, car c’est un homme comme moi. Après, j’irai chaque jour à l’Université, à pied (si l’on me donne une voiture je la vendrai et l’argent sera aussi pour les pauvres). Je ferai tout, ponctuellement. (Ce qu’était ce « tout », à cette époque je ne pouvais nullement le définir, mais je le comprenais vivement et je sentais ce « tout » de la vie intellectuelle, morale, irréprochable.) Je rédigerai mes cours, et même j’étudierai à l’avance les questions, si bien qu’en première année, je serai le premier et j’écrirai ma thèse. En deuxième année, je saurai déjà tout, et je pourrai passer directement en troisième, de sorte qu’à dix-huit ans, je sortirai de l’université, licencié avec le numéro un et deux médailles d’or ; ensuite je passerai l’examen de magister, ensuite celui de docteur, et je serai le premier savant de la Russie… Même en Europe, je pourrai être le premier savant… Eh bien ! Et après ? » me demandai-je. Mais arrivé là, je me rappelai que ces rêves étaient entachés d’orgueil, — un péché que je devrais avouer le soir même au confesseur, et je revins à mes premières réflexions. « Pour préparer mes cours j’irai à pied, sur la montagne des Moineaux ; là, je choisirai un petit endroit sous un arbre, et j’étudierai. Parfois j’emporterai quelque chose à manger, du fromage ou des gâteaux de chez Pedotti, ou autre chose. Je me reposerai et ensuite je lirai un bon livre, ou je dessinerai les