Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/213

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neuse dans le jardin rosé, et à travers la fenêtre j’aperçois la figure courbée de Foca, qui, en robe de nuit, la chandelle à la main, va se coucher. Souvent je trouvais d’agréables sensations émotives, marchant furtivement dans l’herbe mouillée, dans l’ombre noire de la maison, à m’approcher des fenêtres de l’antichambre, et retenant mon souffle, à écouter le ronflement du garçon, les soupirs de Foca, qui ne pense pas que quelqu’un l’écoute et les sons de sa voix cassée quand il lit longtemps, longtemps les prières. Enfin sa chandelle, la dernière, s’éteignait, la fenêtre se refermait, je restais tout à fait seul, et me tournant timidement de côté, je regardais s’il n’y avait pas quelque part, près d’un massif ou près de mon lit, la femme en blanc, je courais au galop dans la galerie. Et seulement alors, je me mettais au lit, le visage tourné vers le jardin et en me garantissant le plus possible des mouches et des chauves-souris, je regardais dans le jardin, j’écoutais les sons de la nuit, je rêvais d’amour et de bonheur.

Alors tout recevait pour moi un autre sens : la vue des vieux bouleaux dont les branches chevelues brillaient du côté du ciel éclairé par la lune, et qui, de l’autre côté, couvraient de leurs ombres noires les buissons et la route ; l’éclat tranquille du lumineux croissant ; l’étang brillant ; le reflet de la lune sur les gouttes d’eau des plantes placées devant la galerie, qui mettaient aussi des ombres