Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/242

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nous avions décidé de nous préparer ensemble, et ses petits yeux gris myopes, déjà se portaient sur moi avec plaisir quand j’allais m’asseoir à ma place près de lui. Mais une fois je trouvai nécessaire, dans la conversation, de lui expliquer que ma mère, en mourant, avait demandé à papa de ne pas nous mettre pensionnaires dans un établissement d’État, et que tous les élèves d’État sont peut-être très savants, mais pour moi… ce n’est pas cela, ce ne sont pas des gens comme il faut, avais-je dit en hésitant et en me sentant rougir. Operov n’objecta rien, mais au cours suivant, il ne me salua pas le premier, ne me tendit pas sa planche, ne me parla pas, et quand je m’assis, il pencha la tête de côté à un doigt de son cahier qu’il feignit de regarder. Je m’étonnai du refroidissement sans cause d’Operov. Mais, pour un jeune homme de bonne maison, je trouvai peu convenable de faire des avances au boursier Operov et je le laissai tranquille bien que, je l’avoue, sa froideur m’attrista. Une fois, j’arrivai avant lui, et comme c’était la conférence de notre professeur favori, à laquelle assistaient tous les étudiants qui n’avaient pas l’habitude de venir aux autres cours, toutes les places étaient occupées. Je pris celle d’Operov, je plaçai mes cahiers sur le banc et sortis. En rentrant dans l’auditoire, je vis mes cahiers placés sur le banc de derrière, et Operov assis à