Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/243

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ma place ; je lui fis remarquer que j’avais placé mes cahiers ici.

— Je ne sais pas — répondit-il en s’enflammant tout à coup et sans me regarder.

— Je vous dis que j’avais placé mes cahiers ici — dis-je en m’échauffant exprès, pensant l’effrayer par mon audace. — Tous l’ont vu — ajoutai-je, en regardant les étudiants ; mais bien que beaucoup nous regardassent avec curiosité, pas un ne parla.

— Ici on n’achète pas de places, le premier arrivé s’installe — fit Operov, en s’installant en colère à sa place, et en me regardant un moment d’un regard révolté.

— Cela signifie que vous êtes impoli — dis-je. Je crois qu’Operov répondit quelque chose, je crois même qu’il murmura : « Et toi tu n’es qu’un sot », mais je ne l’entendis pas. Et quel besoin avais-je de l’entendre ? Pour s’injurier comme des manants, pas plus ? (J’aimais beaucoup le mot manant, il était pour moi la réponse et la solution de beaucoup de situations difficiles.) Peut-être aurais-je encore dit quelque chose, mais à ce moment s’ouvrit la porte et le professeur, en frac bleu, salua et monta hâtivement dans la chaire.

Cependant, avant l’examen, quand j’eus besoin des cahiers, Operov, se rappelant sa promesse, me proposa les siens et m’invita à travailler avec lui.