Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/271

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dépit contenu ; — et voulant le désarmer par une franchise. Je te dis et je te répète que je crois toujours aimer les personnes qui me disent des choses agréables, et quand je réfléchis bien, je crois qu’il n’y a pas de véritable attachement.

— Non ! — continua Dmitri, en rajustant sa cravate par un mouvement méchant du cou, — quand j’aime, alors ni les louanges, ni les injures ne peuvent changer mon sentiment.

— Ce n’est pas vrai. Je t’ai avoué, n’est-ce pas, que quand papa m’appelait lâche, je le détestais pendant quelque temps et voulais sa mort. De même toi…

— Parle pour toi. C’est très regrettable que tu sois ainsi…

— Au contraire — criai-je en bondissant de la chaise et en le regardant droit dans les yeux avec le courage du désespoir, — ce n’est pas bien ce que tu dis. — Ne m’as-tu pas parlé de mon frère ? Je ne te rappelle pas cela, car ce serait malhonnête — ne m’as-tu pas parlé… Et moi je te dirai comme je te comprends maintenant…

Et moi, essayant de le piquer encore plus fort que lui, je commençai à lui prouver qu’il n’aimait personne, et lui exposai tout ce que, me semblait-il, j’avais le droit de lui reprocher. J’étais très content de lui avoir dit tout, en oubliant entièrement que le seul but possible, qui consistait en ce qu’il m’avouât le défaut dont je l’accusais, ne pouvait