Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/272

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être atteint alors qu’il était si emballé. Et dans son état ordinaire, quand il pouvait avouer, jamais je ne lui parlais de cela.

La discussion commençait déjà à se transformer en querelle, quand subitement Dmitri se tut et quitta le chambre. Je le suivis en continuant de parler, mais il ne me répondit pas. Je savais que sur la liste de ses défauts figurait l’emportement et maintenant il était occupé à se vaincre. Je maudissais toutes ces listes.

Alors, voilà à quoi nous conduit notre règle de nous dire l’un à l’autre tout ce que nous sentons et de ne jamais parler l’un de l’autre à un tiers. Parfois, nous nous laissions entraîner par la franchise jusqu’aux aveux les plus humiliants et prenions, à notre honte, les suppositions et les rêves pour les désirs et les sentiments, par exemple comme ce que je lui disais tout à l’heure ; et ces aveux non seulement ne créaient pas de liens entre nous, mais desséchaient le sentiment même et nous désunissaient. Et maintenant, tout d’un coup, l’amour-propre ne lui permettait pas de faire l’aveu le plus simple, et dans la chaleur de la discussion, nous nous servions des armes que nous nous étions données l’un l’autre et qui faisaient horriblement mal.