Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/30

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camarades, avait demandé à dîner chez lui. En général, dans ces derniers temps, Mimi occupait à table la place principale, personne d’entre nous n’avait de respect pour elle et le dîner perdait beaucoup de son charme. Ce n’était plus, comme du temps de maman ou de grand’mère, une sorte de cérémonie réunissant à heure fixe toute la famille, et partageant la journée en deux parties. Nous nous permettions d’arriver en retard, au deuxième plat, de boire du vin dans les grands verres (Saint-Jérôme lui-même nous en donnait l’exemple), de nous vautrer sur nos chaises, de nous lever avant la fin du repas et d’autres licences du même genre. Dès lors, le dîner cessait d’être comme avant une quotidienne et joyeuse solennité de famille. C’était autre chose à Pétrovskoié, quand, à deux heures, tous habillés pour le dîner nous nous asseyions au salon et devisions gaiement en attendant cette heure solennelle. Juste au moment où la pendule de l’office se déclanchait pour sonner deux heures, avec la serviette sur le bras, le visage digne et un peu sévère, à pas lents, entrait Foca : « Le dîner est servi ! » prononçait-il gravement et à voix haute, et tous, la mine gaie et satisfaite, les grandes personnes devant, les enfants derrière, au bruit des jupons empesés et du craquement des bottes et des souliers, en parlant à mi-voix, allaient s’asseoir aux places désignées à chacun. C’était aussi une autre affaire à Moscou : tous, en causant