Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/31

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à voix basse, debout devant la table, dressée au salon, attendaient grand’mère à qui Gavrilo était parti annoncer que le dîner était servi ; — tout à coup la porte s’ouvre, on entend le froufrou de la robe, les plis traînants, et grand’mère, son bonnet à rubans, d’un violet particulier, légèrement de travers, en souriant ou en jetant des regards obliques, sévères (selon l’état de sa santé), pénètre dans la chambre. Gavrilo se précipite vers sa chaise, il se fait un bruit de sièges, et tandis qu’on se sent courir dans le dos, un frisson — annonçant l’appétit, on prend sa serviette raide, encore humide, on mange une bouchée de pain, et, avec une avidité impatiente et joyeuse, en se frottant les mains sous la table, on regarde l’assiette de soupe fumante que le maître d’hôtel remplit en suivant l’ordre des dignités de l’âge et des attentions de grand’mère.

Maintenant je n’éprouvais plus ni joie ni émotion en venant dîner.

Le bavardage de Mimi, de Saint-Jérôme ; celui des fillettes, sur les affreuses bottes du professeur de langue russe, sur les robes à volants des princesses Kornakov, etc., bavardage qui m’inspirait, surtout envers Lubotchka et Katenka, un franc mépris que je n’essayais même pas de dissimuler, ne me distrayait pas de mon nouvel et vertueux état d’esprit. J’étais extraordinairement doux ; en souriant je les écoutais d’un air particulièrement aimable ; je demandais respectueusement qu’on me