Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/335

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— Ah ! toujours à cause des femmes, Votre Excellence. Votre grand-père était déjà mort. Lui vivant, on n’aurait pas osé : il y avait vraiment de l’ordre alors, lui, comme vous, voulait tout savoir par lui-même, et on n’aurait pas même songé à se séparer. Le défunt n’aimait pas accorder des faveurs aux paysans ; après, votre grand-père Andreï Ilitch a géré nos affaires — sans en dire de mal, — c’était un ivrogne, un désordonné. Une fois, nous sommes venus chez lui prendre conseil : « On ne peut pas vivre à cause des femmes. Permets-nous de nous séparer. » Eh bien ! Il nous a fouettés, fouettés, et enfin, quand même, les femmes ont pris chacune le sien et nous avons commencé à vivre séparés. Et le paysan seul, on sait ce que c’est ! Ainsi, il n’y avait aucun ordre, André Ilitch nous gérait comme il l’entendait « Que tu aies tout » ; mais où le paysan peut-il le prendre, il ne s’en occupait pas. On a augmenté la capitation, on a aussi augmenté la corvée et pourtant il y avait moins de terre, et le blé a cessé de paraître. Eh bien ! Et quand on a fait le rebornage, et quand on nous a pris nos terres fumées et qu’on les a ajoutées à celles du seigneur, alors cette canaille nous a ruinés tout à fait, il ne nous restait plus qu’à mourir ! — Votre père — qu’il ait le royaume du ciel ! — était un bon seigneur, mais nous ne l’avons presque pas vu, il vivait toujours à Moscou ; eh bien ! C’est connu, on a commencé à lui envoyer