Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/334

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Tchouris, longtemps, en piétinant sur place, avec un sourire, ne tendit pas la main pour prendre l’argent que Nekhludov posa au bout de la table en rougissant encore plus.

— Nous sommes très obligés à votre grâce, — dit Tchouris avec son sourire ordinaire, un peu moqueur.

Sous la soupente, la vieille, par moments, soupirait lourdement et semblait réciter une prière.

Le jeune seigneur se sentit gêné, il se leva en hâte du banc, sortit et de la porte appela Tchouris. La vue d’un homme à qui il avait fait du bien lui était si agréable qu’il ne voulait pas se séparer de lui trop vite.

— Je suis très heureux de t’aider — dit-il en s’arrêtant près du puits — on peut t’aider, toi, parce que je sais que tu n’es pas paresseux, tu travailleras, je t’aiderai, et avec l’aide de Dieu tu te remettras.

— Oh ! non seulement se remettre, Votre Excellence — dit Tchouris en prenant tout à coup un air sérieux et même sévère, comme s’il était très mécontent de la supposition du seigneur, qu’il pourrait se relever. — Quand mon père vivait, nous étions avec mes frères, et nous n’avons jamais vu la misère ; et voilà, depuis qu’il est mort et que nous nous sommes séparés, alors, c’est allé de mal en pis, et la seule cause, c’est d’être seul !

— Pourquoi donc vous êtes-vous séparés ?