Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/342

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jeta un regard peu aimable sur le samovar, sur le portrait du général et sur la planche, où l’on apercevait au-dessous d’un chiffon, le bout d’une pipe cerclée de cuivre. Il s’adressa au paysan.

— Bonjour, Epifane ! — dit-il en le regardant dans les yeux.

Épifane salua et murmura : « Je vous souhaite une bonne santé, Vot’xcellence », en prononçant avec tendresse, surtout le dernier mot, pendant que d’un regard ses yeux parcouraient toute la personne du maître, l’izba, le sol, le plafond, ne s’arrêtant nulle part. Ensuite, hâtivement, il s’approcha de la soupente, prit de là un sarrau et se mit à l’endosser.

— Pourquoi t’habilles-tu ? — demanda Nekhludov en s’asseyant sur le banc, et en s’efforçant visiblement de regarder Epifane aussi sévèrement que possible.

— Comment donc, excusez, Vot’ xcellence, comment est-ce possible ? Il me semble que nous pouvons comprendre…

— Je suis venu chez toi afin de savoir pourquoi tu dois vendre un cheval, si tu as beaucoup de chevaux, et lequel tu veux vendre ? — dit sèchement le maître en répétant les questions évidemment préparées.

— Nous sommes très content, Vot’ xcellence, que vous n’ayez pas dédaigné de venir chez moi, un paysan, — répondit-il en jetant un regard rapide