Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/349

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toi tu restes à la maison, fumes la pipe et ne travailles pas ; parce qu’à ta mère qui t’a donné tout son ménage, tu ne donnes pas un morceau de pain, parce que tu permets à ta femme de la battre, et la mets dans l’obligation de venir chez moi se plaindre.

— Excusez, Vot’ xcellence, je ne sais pas ce que c’est que la pipe, — répondit confusément Ukhvanka, qui parut blessé principalement par l’accusation de fumer la pipe. — On peut tout dire d’un homme.

— Voilà, tu mens de nouveau ! Je l’ai vu moi-même…

— Comment oserais-je mentir à Vot’ excellence ?

Nekhludov se tut, et en se mordant les lèvres, il se mit à aller et venir dans la cour. Ukhvanka restait à la même place, et sans lever les yeux, suivait les pas du maître.

— Écoute, Epifane, — dit Nekhludov d’une voix douce, enfantine, en s’arrêtant devant le paysan et en s’efforçant de cacher son émotion, — on ne peut pas vivre ainsi et tu périras. Réfléchis bien. Si tu veux être un bon moujik, alors change de vie, quitte tes mauvaises habitudes, ne mens pas, ne t’enivre pas, respecte ta mère. Je suis bien renseigné sur toi. Occupe-toi de ton ménage et non à voler du bois dans la forêt de l’État, ou à aller au cabaret. Pense à ce qu’il y a de bon ici ! Si tu as quelque besoin, viens chez moi, demande-moi ce