Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/352

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tueuse, et, s’étant couvert, lissait ses moustaches.

— Comment, quoi ? Il est devenu tout à fait canaille, paresseux, voleur, menteur, il brutalise sa mère, et on voit que c’est une telle canaille qu’il ne se relèvera pas.

— Je ne sais pas, Votre Excellence, pourquoi il vous a tant déplu…

— Et sa femme, — interrompit le maître, — je crois que c’est aussi une très vilaine femme. La vieille est vêtue pire qu’une mendiante ; il n’y a rien à manger, et elle, ainsi que lui, sont bien habillés. Je ne sais absolument que faire de lui.

lakov était visiblement confus quand Nekhludov parla de la femme d’Ukhvanka.

— Eh bien ! Quoi, s’il se laisse aller ainsi, Votre Excellence, il faut alors prendre des mesures. Il est vrai qu’il est pauvre comme tous les paysans isolés, et pourtant il se tient un peu mieux que les autres. C’est un paysan intelligent, il sait lire et écrire, et même il me semble que c’est un paysan honnête. À la levée des impôts par âme, on l’emploie toujours. Pendant ma gérance, il fut starosta[1], trois années, et on n’eut rien de mal à lui reprocher. Il y a trois ans, le tuteur le renvoya, alors il fut aussi très exact à la corvée. Peut-être qu’au moment où il fut postillon en ville, il commença à s’enivrer un

  1. Paysan choisi par les habitants du village pour servir d’intermédiaire entre eux et le maître.