Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/353

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peu, alors, il faut prendre des mesures. Ça arrive ; le paysan fait quelque bêtise, on le menace, et, alors, il revient de nouveau à la raison, c’est bon pour lui et pour la famille ; mais puisqu’il ne vous convient pas d’employer ces mesures, alors, je ne sais pas ce que nous ferons avec lui. C’est vrai, qu’il s’est relâché beaucoup. L’envoyer soldat, n’est pas possible, parce que, vous avez dû le remarquer, deux dents lui manquent. Et il n’est pas le seul, oserai-je vous dire, qui n’ait nulle crainte…

— Laisse cela, Iakov, — interrompit Nekhludov, avec un léger sourire. — Nous avons beaucoup causé ensemble sur ce sujet. Tu sais ce que je pense, et tu auras beau dire, je penserai toujours la même chose.

— Sans doute, Votre Excellence, vous savez tout cela, — dit Iakov en haussant les épaules, et, en regardant en dessous sur le maître, comme si ce qu’il voyait ne lui promettait rien de bon. — Et quant à la vieille dont vous daignez vous inquiéter, c’est tout à fait en vain, — continua-t-il. — Sans doute, elle a élevé et nourri les orphelins, marié Ukhvanka et tout le reste, mais parmi les paysans, c’est général : quand la mère ou le père cèdent le ménage au fils, alors le fils et la bru sont déjà les maîtres, et la vieille doit gagner son pain selon ses forces. Sans doute ils n’ont pas de sentiments tendres, mais, parmi les paysans, c’est déjà la règle ordinaire, aussi vous dirai-je que la vieille