Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol2.djvu/362

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pas plus que cette bûche pourrie. Il ne sait que se coucher sur le poêle, ou bien, debout, il gratte sa tête d’idiot — dit-elle en le singeant — Fais-lui peur, père, je te le demande moi-même : punis-le, au nom de Dieu, envoie-le comme soldat, ce sera la fin, je n’ai plus de force avec lui, là !

— Et bien ! N’as-tu pas de remords, Davidka, d’amener ta mère jusqu’à tel point ? — dit Nekhludov en s’adressant d’un ton de reproche au paysan qui ne remuait pas.

— S’il était encore malade — continua Arina avec la même vivacité et les mêmes gestes — Non, il n’y a qu’à le regarder, il est gras comme un vrai porc de moulin. Il semble qu’il pourrait travailler, le fainéant, mais non, voilà, toujours sur le poêle, comme un propre-à-rien. S’il travaille, que mes yeux perdent la vue, — fit-elle — il se lève, se traîne — et elle-même traînait les pieds et tournait de côté et d’autre ses épaules anguleuses. — Ainsi aujourd’hui, le vieux lui-même est allé dans la forêt chercher des branchilles et lui a ordonné de creuser un trou : mais non, il n’a pas même pris la bêche dans sa main… (elle se tut un moment)… Il me perd, malheureuse ! — cria-t-elle tout à coup en agitant les mains et en s’avançant vers son fils avec un geste menaçant. — Ta gueule glabre, paresseux, que Dieu me pardonne (elle se détourna de lui avec mépris et désespoir, cracha, puis de nouveau s’adressa au maître avec la même animation,